Relancée par le député UMP Renaud Muselier, cette vision urbaine se heurte aux réalités locales

L'idée n'est pas vraiment neuve, mais elle vient de recevoir un coup de mistral. En relançant le débat sur le Grand Marseille, une aire métropolitaine qui s'étendrait jusqu'à Toulon à l'est, Arles à l'ouest, Avignon et même "au-delà, jusqu'au port de Lyon" au Nord, Renaud Muselier a déclenché un vent de réactions. Voyant grossir la réflexion sur le Grand Paris, pour lequel le secrétaire d'État, Christian Blanc, a été nommé en juin 2008, le député des Bouches-du-Rhône, soutenu par l'Élysée, avance à pas comptés. Mais décidés. "Le Grand Lyon, le Grand Nice, le Grand Bordeaux s'organisent... Chacun tente de régler les problématiques de transport et d'urbanisme. Par ailleurs, la crise doit nous inciter à la mobilisation pour inventer la ville de demain."

Au début des années 90, une réflexion avait été engagée sur ce thème. Un club, rassemblant à Marseille une centaine de sociologues, ingénieurs ou urbanistes, s'était créé. Et ses propositions regroupées dans un ouvrage intitulé La métropole inachevée (éd. de l'Aube). Depuis, pas grand-chose, contrairement à une ville comme Lyon. "L'agglomération s'étend bien au-delà des limites de Lyon et de la communauté urbaine, note le maire PS, Gérard Collomb. On est à la croisée des chemins. Si on organise une aire urbaine sur des stratégies parcellaires, on rate les grands rendez-vous économiques. Il faut penser global pour avoir des chances de rayonner en Europe."  À cela s'ajoute le pragmatique.

"Marseille ne peut continuer à recevoir toutes les charges de centralité sans bénéficier en retour des richesses des villes voisines", remarque Roland Blum, premier adjoint au maire UMP de Marseille. Bref, le temps presserait et nécessiterait de sortir de ce que Dominique Perben, membre de la commission Balladur chargée de réformer les collectivités locales, appelle "les systèmes féodaux français". De quoi nourrir la démarche de Renaud Muselier.

Appuyée sur un territoire incluant Iter et les pôles de compétitivité, Euroméditerranée, les universités ou la capitale européenne de la culture, elle a du sens. Mais elle se heurte aux réalités et identités locales. Le projet du Grand Marseille doit donc jouer l'équilibre. La réflexion prévoit d'aboutir avant 2020. Si elle n'est pas enterrée et déterrée plusieurs fois d'ici là.

Par François Tonneau ( ftonneau@laprovence-presse.fr )

Voir: http://www.laprovence.com/articles/2009/05/22/822026-Region-Le-projet-du-Grand-Marseille-fait-grimacer-Aix-et-Arles.php