Le pôle de compétitivité Aquimer mise plus que jamais sur l'aquaculture et porte le projet d'une station d'essais innovante. Chahuté ces dernières années, il se revendique comme un outil auprès des entreprises. À son actif: 59 projets labellisés pour un montant de 103M€.

Quelle est la feuille de route d'Aquimer? Aquimer comme les autres pôles de compétitivité a obligation de présenter une feuille de route stratégique. Créée en 1999 à Boulogne-sur-Mer par des producteurs mobilisés par la disparition de la ressource, la structure est devenue pôle de compétitivité national en 2005. Depuis Aquimer a pris le virage de la valorisation de ces mêmes produits. «Le marché des produits aquatiques enregistre une hausse de 3% par an. Quand l'aquaculture mondiale pesait 15MT en 1970, elle atteint 50 à 70MT actuellement et rattrape la pêche sauvage. Hors l'Europe ne constitue que 3% de l'aquaculture mondiale», avance Thierry Missonnier, directeur d'Aquimer. Aujourd'hui, le pôle travaille sur de grands axes: renforcer l'industrie aquacole française, maximiser la ressource sauvage disponible en la valorisant, positionner les produits aquatiques au coeur de l'alimentation du futur.

Qui sont les membres d'Aquimer? Quelle place pour les entreprises ?
Il s'appuie sur 89 adhérents répartis dans quatre collèges
: entreprises, centres de compétences avec notamment 17 laboratoires de recherches et centres techniques majoritairement régionaux, membres associés avec les organisations professionnelles et enfin les institutionnels.

53 entreprises locales sont adhérentes. Un chiffre que Jean-Baptiste Delpierre, président d'Aquimer veut voir plus important. «En soi, il y en a beaucoup plus car elles sont adhérentes via leurs organisations professionnelles.

Nous travaillons aussi avec quelque 80 entreprises hors région.» Pour les entreprises du tissu boulonnais, l'enjeu est de taille: accéder à la R & D et ainsi lever les verrous technologiques. Au sein du conseil d'administration, elles bénéficient de 9 voix sur les 17 pour la validation des projets.
Pourquoi le pôle a failli êtredélabellisé par deux fois?
Aquimer n'a pas toujours navigué en eaux calmes. Créé en 2005, l'ancien pôle produits aquatiques renommé depuis Aquimer a été audité par un cabinet d'experts en 2008 puis en 2009 pour être finalement confirmé. Parmi les griefs avancés, le côté pôle «trop »filière d'Aquimer figurait au premier plan. Le pôle s'appelait d'ailleurs un temps pôle filières aquatiques L'autre questionnement renvoyait à la capacité qu'auraient les entreprises adhérentes à innover sachant qu'il s'agit surtout de TPE et de PME. Des questions que balayent aujourd'hui les acteurs du pôle.

«Nous avons 59 projets labellisés pour un montant de plus de 100M€. Nous recherchons de la valeur ajoutée et répondons aux problématiques des entreprises.» Et de mettre en avant les 75% des projets labellisés qui trouvent des financements ainsi que le taux de rémanence des entreprises par rapport aux projets.

Quelles réalisationsà son actif?

Difficile d'y voir clair entre des projets d'entreprises placés sous le coup de la confidentialité comme ceux de Roquette avec l'exploitation des microalgues comme matière première de l'alimentation humaine, de la production animale, de la santé et des cosmétiques et d'autres comme Nutraqua, la table nutritionnelle sur lequel le pôle communique fortement. Aquimer gagnerait à mettre plus en lumière l'ensemble de ses réalisations. En effet, le champ d'actions est large: il va de la recherche d'espèces de poissons adaptés à une alimentation végétale, au développement de produits la prévention du vieillissement cérébral en passant par l'adaptation de technologies utilisées dans l'industrie carnée vers l'industrie du poisson. Avec 59 projets labellisés dont 39 projets ont démarré, l'enjeu est de taille pour susciter encore plus d'intérêt auprès de la filière.
La plus-value pour les adhérents?
Pour Philippe Valette, adhérent et directeur de Nausicaa, «la présence d'Aquimer à nos côtés représente un gros plus pour valoriser nos savoir-faire et trouver des réponses à nos besoins.Nous sommes actuellement engagés dans un projet autour des copépodes, des crustacés qui serviront de proies naturelles dans les piscicultures.» D'autres comme Auchan, adhérent depuis 2010, y trouve «un réseau de compétences, des informations fouries par le centre de veille dédié et des conseils scientifiques.»

Quelles collaborations nationales et inter-pôles?Y-a-t-il une concurrence parrapport au pôle breton Mer ?
«Nous avons co-labellisé avec plus de dix pôles comme Maud (Matériaux A usage Domestique) en région ou bien encore avec le pôle Mer en Bretagne et Vitagora à Dijon sur la question des sulfites utilisés comme conservateurs», précise Jean-Baptiste Delpierre. Sur le papier, pas de concurrence avec le pôle Mer. Aquimer revendique d'être le seul pôle produits de la mer axé sur la valorisation. Dans les autres pays déclinant une spécificité produits de la mer, il existe des clusters. C'est le cas en Belgique, Allemagne et Norvège notamment.

Ségolène Mahias

Voir: http://www.lejournaldesentreprises.com/editions/62/actualite/fait-du-mois/aquimer-le-pole-presente-un-nouveau-visage-aux-entreprises-04-03-2011-117840.php