Frédérique Vergne

04/05/2012

© Milena Chessa / Le Moniteur.fr
 
Façades en ossature et bardage bois. Les longues lattes de pin Douglas brut de sciage prendront une teinte grisée au fil du temps. La filière bois vit un paradoxe. La ressource est disponible et croissante, mais le potentiel reste sous-exploité. La filière peine à se développer et le déficit commercial se creuse.  Face à cette situation, le pôle de compétitivité Xylofutur milite pour la mise en place d’une stratégie nationale et d’une politique d’investissement ambitieuse autour de l’innovation.

« Il y a urgence à faire les choses pour inverser le mouvement qui plonge la filière forêt-bois dans une sorte d’immobilisme », a lancé Tanguy Massart, Président de Xylofutur , lors d’une conférence de presse présentant un manifeste  sur l’état des lieux de la filière et des préconisations  pour la relancer.

 Xylofutur est un des 76 pôles de compétitivité en France créés en 2005 par le Comité interministériel d'aménagement et de développement du territoire (CIADT) dans le cadre d’une nouvelle stratégie industrielle.

Spécialisé dans le secteur forêt- bois, Xylofutur rassemble des entreprises, des laboratoires de recherche, des collectivités et des organismes de formation pour développer des synergies et des coopérations autour de projets innovants. Son objectif comme celui des autres pôles est  de renforcer la compétitivité de l'économie française et de développer la croissance et l'emploi sur des marchés porteurs.

Or cet objectif est loin d’être atteint. Déficit commercial pour l’aval de la filière (+ de 6 milliards de déficit), chute de l’investissement en forêt  (en 15 ans, la quantité de plants forestiers utilisés est passée de 115 à 60 millions par an), fragilité du secteur de la scierie, maillon clé entre l’amont (exploitation forestière) et l’aval (deuxième transformation, bois-énergie, chimie verte) et désindustrialisation de la filière (chute du nombre d’exploitants forestiers et des scieries, respectivement de 35 et 15%)… révèlent un triste constat.

Un contexte pourtant favorable

Et pourtant, le contexte n’a jamais été aussi favorable. Et Tanguy Massart de rappeler que  « dans le cadre de la réduction de l’empreinte carbone, le bois est un matériau central qui permet de répondre à de nombreux besoins, concernant notamment la substitution aux produits pétrochimiques, la production d’énergie et l’amélioration de l’efficacité énergétique des bâtiments ». Sans parler de l’attrait du matériau en construction, lequel est passé, par exemple,  de 4 à 10% de 2004 à 2010 en parts de marché sur la maison individuelle, ni de la 3ème place de la France au niveau européen grâce à sa superficie forestière, ou encore de l’intérêt croissant des majors de la construction pour ce matériau.

Autre atout : la recherche et l’innovation qui ouvrent la voie à de nouvelles opportunités de croissance. « On est au début d’une ère où les usages du bois vont se développer : le bois de structure et de décoration pour la construction. Les nouveaux usages de la biomasse pour l’énergie, mais surtout pour la production de biomatériaux ou comme constituant de la chimie renouvelable connaîtront une croissance spectaculaire », affirme le président de Xylofutur.

Une politique volontariste
 
En attendant, la filière ne pourra redresser la pente et s’affirmer compétitive que si les différents acteurs qui la constituent, et qui évoluaient jusque-là en parallèle, parlent d’une même voix. « Penser global, acheter local », ajoute Tanguy Massart qui explique qu’il est nécessaire d’avoir une vision et une communication communes nationales, mais de laisser aux territoires la latitude de se structurer et de se développer. Et ainsi, mieux affronter la concurrence des acteurs internationaux, mais aussi celle provenant des matériaux émergents ou traditionnels comme le béton, l’acier, le pétrole.

Un gros effort de coordination devra être déployé, un effort d’autant plus important que la filière se caractérise par une atomisation, multiplicité et dispersion des acteurs de taille, par ailleurs, très diverses, avec des intérêts pour beaucoup bien différents. Il faudra également  résoudre le problème des normalisations qui handicapent  l’essor de la filière en raison de la multiplicité des essences de bois.

Xylofutur milite pour la mise en place d’une véritable politique publique qui incite à l’innovation.  « La filière compte de nombreux porteurs de projets, mais manque de moyens financiers. On envisage un fonds unique d’aide de l’état pour financer l’innovation et les investissements qui l’accompagnent, pour soutenir les laboratoires et formations. L’ordre de grandeur de ce fonds, qui sera relayé par les « régions » et les professionnels eux-mêmes, dans le cadre des interprofessions, est de un milliard d’euros par an (l’Etat investit 300 millions dans la filière aujourd’hui) », conclut-il.

Une étude d’Alcimed  publiée en février dernier pour le compte du pôle interministériel de prospective et d’anticipation des mutations économiques (PIPAME) et intitulée « Marché actuel des nouveaux produits issus du bois et évolutions à échéance 2020» met en lumière des axes de développement pour lancer une réelle dynamique et une véritable cohésion autour de la filière bois française.  Pour prendre connaissance de l’étude, cliquez ici.  

Voir: http://www.lemoniteur.fr/179-innovation-produits/article/actualite/17460813-cinq-ans-pour-relancer-la-filiere-bois

Patrick Barbieri
PB VEILLE CONSULTING
L'information au service de l'entreprise

http://www.pb-veille-consulting.com