Par Chantale Houzelle

04/09/2012

 

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Al'automne, le gouvernement doit annoncer les grandes lignes de la politique qu'il entend mener au niveau des pôles de compétitivité, à la suite de l'audit finalisé cet été.

A l'heure du « redressement productif », la question cruciale est de savoir si ce dispositif, mis en place en 2005, soit cinq ans avant le lancement du programme d'investissements d'avenir (PIA), donne des résultats assez probants pour être maintenu en l'état.

Réalisée par les cabinets de conseils Erdyn, BearingPoint et Technopolis, en coordination avec la Direction générale de la compétitivité, de l'industrie et
des services (DGCIS) ainsi que la Délégation interministérielle à l'aménagement du territoire et à l'attractivité régionale (Datar), cette évaluation
couvrant la période 2008-2011 renvoie, à première vue, un constat global positif. « Il convient de souligner le rôle fondamental de mise en réseau qu'ont
joué les pôles, non seulement entre la recherche et les entreprises, mais également entre les PME et les grands groupes », souligne Patrick Haouat, associé gérant du cabinet Erdyn.

Effet de levier trop faible

Ce consortium d'experts s'accorde à dire que les pôles de compétitivité ont rempli leur mission première : faire émerger des projets de R&D dits «
collaboratifs », qui impliquent laboratoires publics, grands groupes et PME, tout en accompagnant leur montage et leur financement. C'est le résultat le plus tangible : 3.748 projets de R&D ont été labellisés par les pôles au cours des quatre dernières années. Pour les financer, ils ont mobilisé une enveloppe de 5,7 milliards d'euros, dont 2,7 milliards de fonds publics débloqués pour l'essentiel par Oseo, l'Agence nationale de la recherche (ANR) et le Fonds unique interministériel (FUI). Les 3 autres milliards représentent l'autofinancement privé des entreprises engagées dans ces projets. Il en ressort un effet de levier proche de 1 pour 1, alors que les pays européens les plus performants en matière d'innovation affichent un ratio de 1 pour 2. Pour combler ce décalage, il faut donc faire entrer dans la boucle les investisseurs privés. « Quelques pôles ont lancé des fonds spécifiques ou ont pris des initiatives
locales pour attirer l'attention de la communauté financière sur leurs projets innovants », souligne Florian Knecht, associé chez Erdyn.

Mais, avant d'engager davantage d'argent, privé ou public, la priorité est de savoir à quoi ces fonds ont réellement servi. C'est là que le bât blesse. Car
leur rapport d'audit pointe aussi du doigt la grosse faille du dispositif : le suivi trop aléatoire des résultats obtenus. « Si certains pôles font ce
travail de manière très professionnelle, démontrant que c'est possible dans des secteurs aussi différents que les TIC ou la pharmacie, une grande majorité
n'arrive pas à collecter des données élémentaires », déplore Florian Knecht. « Seules les données relatives aux projets de R&D labellisés sont rigoureuses.

Quant aux innovations qui en sont issues, aux créations d'entreprises ou aux dépôts de brevets, nous n'avons probablement mis à jour que la partie visible de l'iceberg ». Même s'il est en deçà de la réalité, le bilan 2008-2011 n'est pas brillant : les pôles sont à l'origine de quelque 2.500 innovations, tous
secteurs technologiques confondus, qui ont fait l'objet de seulement... 977 dépôts de brevet. Plus alarmant, elles n'ont contribué à créer directement qu'une petite centaine de start-up (lire ci-dessous).

Un suivi à revoir

Quelles mesures d'urgence s'imposent pour rendre les pôles plus compétitifs ? « Il faut instaurer des obligations de résultats fondées sur des preuves au
niveau du suivi et de l'évaluation des projets, ainsi que des innovations produites », estime Michel Lacave, consultant senior chez Technopolis. Pour ce
faire, suggère Patrick Haouat, « il est nécessaire de simplifier les contrats de performance à remplir par les responsables de pôles, en réduisant le nombre de critères et, surtout, en les focalisant sur les résultats. Autrement dit, il faut déplacer le curseur vers l'aval. » En modifiant les règles du jeu : «
Dans nos recommandations, nous avons demandé que cette exigence de résultats devienne coercitive en échange des fonds publics versés aux pôles de
compétitivité », renchérit Florian Knecht.

Pour transformer les pôles, qu'ils qualifient d'« usines à projets » en « usines à croissance », ces experts estiment qu'il est aussi nécessaire de renforcer
le rôle central et les moyens du Fonds unique interministériel (FUI), instrument financier clef de la politique des pôles depuis l'origine. Objectif :
soutenir toutes les étapes du développement des innovations, jusqu'à leur mise sur le marché.

Dans le même temps, les auteurs du rapport reconnaissent que en cette période de tension budgétaire, « il faut se reposer la question du soutien public, car de nouveaux dispositifs ont été mis en place, comme le programme d'investissements d'avenir. Fatalement, on a construit une stratification historique qui nécessite aujourd'hui un arbitrage de l'Etat », conclut Hughes Verdier, associé de BearingPoint.

Écrit par Chantale HOUZELLE

Voir: http://www.lesechos.fr/entreprises-secteurs/innovation-competences/technologies/0202219921019-des-poles-en-manque-de-competitivite-358360.php

Patrick Barbieri
PB VEILLE CONSULTING
L'information au service de l'entreprise

http://www.pb-veille-consulting.com